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Wednesday, March 17, 2010

Jean Ferrat — Petit lyrics

Petit, mon dangereux pirate, les pieds nus dans le caniveau
Mon matelot qui carapate après tes voiliers, tes vaisseaux
Mon amateur de confitures, je pourrais ronchonner bientôt
Réglementer tes aventures, mettre du lest à tes bateaux

Petit, mon voyou, mon apache, mon amoureux du fil de l'eau
Je pourrais friser ma moustache et t'inviter dans mon bureau

Peti, t qui sur les bancs d'l'école, a toujours l'air d'un étranger
Qui comprends pas le protocole, la bête noire du surgé
Le blâmé du conseil de classe, celui qui saura pas nager
Dans la société des rapaces et des gangsters autorisés

Petit, mon malheureux potache, mon amoureux du fil de l'eau
Je pourrais friser ma moustache et te reprocher tes zéros

Petit, mon dangereux gauchiste, mon enragé, mon anarcho
Qui me trouve trop légaliste et pour tout dire un peu coco
Qui trouve nos combats fadasses, qui voudrait détruire illico
Les injustices dégueulasses en embauchant le sirocco

Petit, mon voyou, mon apache, mon amoureux du fil de l'eau
Je pourrais friser ma moustache, je pourrais freiner ton galop

Oui mais quand j'pense à tes Socrate, à tes cornacs, à tes mentors
Y'a de quoi me couper les pattes, y'a pas d'quoi jouer les cadors
C'est vrai qu'elle a triste figure, cette planete où nous vivons
Ça pue la haine et la torture, la guerre et la bombe à neutrons

Ah, vivre un monde un peu moins vache
Un peu plus libre, un peu plus beau
Petit, mon voyou, mon apache, mon amoureux du fil de l'eau

Jean Ferrat — Prisunic lyrics

Prisunic aux soleils d'aluminium fleuri
Je flâne en vos jardins d'ustensiles étranges
Prisunic, Prisunic, en passant je souris
Aux petites vendeuses couleur de pschitt orange

Ô vendeuses chéries en matière plastique
Prenez mon plasti-cœur et mes plasti-baisers
Puis nous nous coucherons dans l'herbe synthétique
Nous ferons des enfants à l'âme triphasée

Sur des arbres en carton y a de la plasti-mousse
Et des plasti-nuages accrochés aux néons
Oh le celluloïd, comme il a la peau douce
La machine à laver, où l'as-tu vue Léon?

Moi je n'ai d'yeux que pour les Prisunic vendeuses
Engrangeant des étoiles aux réfrigérateurs
Imaginez-les donc en robes vaporeuses
Elles mettraient un cochon dedans votre moteur

Prisunic aux soleils d'aluminium tout gris
La musique vous prend dans ses douces volutes
Prisunic, Prisunic, vos néons sont fleuris
Paraît que le nylon, ça brûle en deux minutes.

Jean Ferrat — Qui Vivra Verra lyrics

Dans les premiers froids de Madrid, j'habitais la Puerta del Sol
Cette place, comme un grand vide, attendait quelque nouveau Cid
Don't le manteau jonchât le sol et recouvrît ces gueux sordides
Qu'on jette aux mendiants l'obole, montrez-moi le peuple espagnol

Qui vivra verra, le temps roule roule
Qui vivra verra, quel sang coulera?

Passant les bourgs de terre cuite, les labours perchés dans les airs
Sur un chemin qui fait des huit
Comme aux doigts maigres des jésuites
Leur interminable rosaire, le vent qui met les rois en fuite
Fouette un bourricot de misère vers l'Escorial-au-Désert

Qui vivra verra, le temps roule roule
Qui vivra verra, quel sang coulera?

D'où se peut-il qu'un enfant tire ce terrible et long crescendo?
C'est la plainte qu'on ne peut dire, qui des entrailles doit sortir
La nuit arrachant son bandeau, c'est le cri du peuple martyr
Qui vous enfonce dans le dos le poignard du cante jondo

Qui vivra verra, le temps roule roule
Qui vivra verra, quel sang coulera?

Qu'au son des guitares nomades, la gitane mime l'amour
Les cheveux bleuis de pommade, l'œil fendu de Schéhérazade
Et le pied de Boroboudour, il se fait soudain dans Grenade
Que saoule une nuit de vin lourd, un silence profond et sourd

Qui vivra verra, le temps roule roule
Qui vivra verra, quel sang coulera?

Il se fait soudain dans Grenade
Que saoule une nuit de sang lourd, une terrible promenade
Il se fait soudain dans Grenade un grand silence de tambours.

Jean Ferrat — Raconte-Moi La Mer lyrics

Raconte-moi la mer, dis-moi le goût des algues
Et le bleu et le vert qui dansent sur les vagues

La mer c'est l'impossible, c'est le rivage heureux
C'est le matin paisible quand on ouvre les yeux
C'est la porte du large ouverte à deux battants
C'est la tête en voyage vers d'autres continents
C'est voler comme Icare au-devant du soleil
En fermant sa mémoire à ce monde cruel
La mer c'est le désir de ce pays d'amour
Qu'il faudra découvrir avant la fin du jour

Raconte-moi la mer, dis-moi ses aubes pâles
Et le bleu et le vert où tombent des étoiles

La mer c'est l'innocence du paradis perdu
Le jardin de l'enfance où rien ne chante plus
C'est l'écume et le sable, toujours recommencés
Et la vie est semblable au rythme des marées
C'est l'infinie détresse des choses qui s'en vont
C'est tout ce qui nous laisse à la morte saison
La mer c'est le regret de ce pays d'amour
Que l'on cherche toujours et qu'on n'atteint jamais

Raconte-moi la mer, dis-moi le goût des algues
Et le bleu et le vert qui dansent sur les vagues.

Jean Ferrat — Regarde-Toi Paname lyrics

Ne crâne donc pas tant Paname, je n'voudrais pas te faire de peine
Mais on peut voir couler la Seine ailleurs qu'au pied de Notre-Dame
De Châtillon à l'estuaire, elle baigne bien d'autres lieux
Grâce en soit rendue au Bon Dieu, y'a pas que Paris sur la terre

Paname si tu te crois belle, c'est que tu n't'es pas regardée
Du côté du quai de Grenelle ou de Maubert/Mutualité
Paris le soir Paris la nuit, tu bois, tu gambilles, tu t'empiffres
Et tu noies dans le son des fifres, ta solitude et ton ennui

Paris tu vas paumer ta ligne à force de mordre au gâteau
Tu prends du ventre à Rambuteau, t'es moins jeune et tu te résignes
Paname tu te crois mariole, mais tu ne t'es pas regardée
Sur le vieux pont des Batignolles, y'a longtemps qu'on n'va plus danser

Tu trouves la misère importune mais tu portes tes beaux quartiers
Comme leurs bagues et leurs colliers, les vieilles cocottes sans fortune
Mais à trois pas de tes hauts marbres en face du quai de Passy
Y'a des mômes de par ici qui n'ont jamais grimpé aux arbres

Va rhabiller tes faux poètes, Paname t'as perdu la main
T'es plus bonne qu'aux Américains qui viennent se soûler à tes fêtes
Troupeau de toits fleuve tranquille, ciel généreux pavé têtu
Grande gueule et petite vertu, Paname t'es quand même ma ville

Y'a des revers à tes médailles, des rimes pauvres à tes poèmes
Pour cent palais pour cent ripailles, combien de taudis de carêmes
Et pourtant je n'ai pas l'envie de traîner ailleurs mes souliers
C'est là qu'j'ai commencé ma vie, c'est là que je la finirai.